Ediluz - Photographie

Résidant en France depuis 15 ans, j'ai voulu retrouver une fête qui m'a marquée énormément dans mon enfance. J'ai cherché à montrer que, même à l'heure actuelle où la technologie et la modernité envahissent le Mexique, la superstition n'a pas disparu de nos traditions. Elle reste très présente pendant ces deux jours de festivités, où les couleurs, les odeurs et les saveurs se mélangent, alors que chaque famille se déplace pour rendre visite dans les cimetières aux esprits des ancêtres et apporter des offrandes.

Habituellement en France à cette date, j'ai remarqué que les français célébraient ce jour avec beaucoup de solennilité, voire de tristesse. Alors que dans mon pays d'origine, c'est tout à fait le contraire. Le bonheur de pouvoir partager un repas sur les tombes avec les esprits rend cette fête joyeuse.

C'est cette joie, ces sourires, ces couleurs, ce mouvement permanent autour des autels, dans les rues, ces gens costumés qui dansent et jouent de la musique, que j'ai voulu immortaliser et partager.

 

Pour retrouver tout cela, j'ai cherché à photographier au plus près et dans le détail le mélange des générations, le regard des gens derrière les maquillages et la dévotion que chacun montre dans les préparatifs et les célébrations.

 

Día de Muertos" au Mexique, si différent de nos traditions ? 

 

Sujet tabou pour les sociétés occidentales, il en est autrement au Mexique : la vie engendre la mort et, vice versa, afin de perpétuer le cycle de la vie. D’après la légende, l’humanité serait née des os des ancêtres de Quetzalcóatl (la plus haute divinité aztèque) mêlés à son sang. Ce mythe renferme l’élément clé de la philosophie mexicaine précolombienne qui ne peut dissocier la vie de la mort.

Ainsi donc, issue des traditions aztèque puis catholique, cette croyance, vieille d’environ 3500 ans, veut que, durant ces deux jours, les âmes des défunts reviennent sur terre. Les cérémonies se déroulent tout au long de la journée. Dans chaque maison, et particulièrement dans les chambres des défunts, la famille dresse un autel décoré sur lequel sont disposées des offrandes : nourriture que le disparu appréciait le plus, photos du défunt, images pieuses, cierges allumés, boissons, fleurs (en particulier des œillets orangers appelés tzempaxúchitl), etc. Pour guider les âmes, un chemin de pétales de fleurs relie la rue à l’autel. De cette façon, tout est prêt pour recevoir l’invité d’honneur de retour dans sa maison.

La cérémonie se poursuit au cimetière, qui devient ces jours-là le lieu de rassemblement le plus joyeux et le plus propice à la fête de toute la ville. Après la messe, les familles se rendent sur les tombes de leurs ancêtres et les recouvrent de tzempaxúchitl et de calaveritas de azúcar (têtes de mort en sucre) - symbole précolombien de la renaissance du peuple aztèque qui exposait comme trophée les crânes de ses ennemis vaincus lors de la fête des morts.

Le pan de muertos (petit pain en forme d’os ou de squelette), les pots en céramique, les bougies, la nourriture, ou les jouets, s’il s’agit d’un enfant, viennent compléter ces offrandes, "les revenants" ne doivent manquer de rien.

Les Mexicains débutent leur journée en priant les défunts et la terminent en buvant à leur santé. A la nuit tombée, les bougies et l’encens s’allument et la fête se poursuit jusqu’à l’aube au rythme de litanies.

Le retour du soleil marque la fin des festivités jusqu’à l’année suivante.

Une autre façon d’intégrer la peur qu’inspire la fin de la vie et ainsi d’aborder l’existence.